La découverte du Batik

Tout en continuant à enseigner à Aix-en-Provence et à Marseille, et en participant aux salons artistiques de la région (Toulon, Menton, Monaco…), Marguerite Pangon continue ses recherches avec une curiosité insatiable.

En 1900, à l’Exposition Universelle de Paris, elle découvre dans le Pavillon des Indes Néerlandaises « des poupées bariolées de dessins aux teintes vives d’une délicieuse fantaisie ». Le tissu qui les habille a été coloré selon la méthode du Batik. Marguerite Pangon est fascinée par les formes et les couleurs. En 1902, elle va à Turin à la Première Exposition d’ Art Décoratif Moderne où des batiks de Chris Lebeau sont présentés. A son retour à Marseille, elle s’en ouvre à l’oncle d’Adolphe, Emile Durand-Gréville, une personnalité du monde littéraire et artistique, traducteur de Tourgueniev, critique d’art et spécialiste de la peinture flamande.

Emile Durand-Gréville en 1920 (© Fonds photographique Pangon)

Frère d’Irma Durand, la mère d’Adolphe Pangon, Emile Durand naît en 1838 à Montpellier. Il devient professeur de mathématiques et précepteur des enfants d’une famille qui part pour Saint-Pétersbourg. Il les suit, passe son temps libre au Musée de l’Ermitage, enseigne le français dans un lycée russe et fait la connaissance d’Alice Fleury, dont le père est enseignant de français, lui aussi. Fort de son apprentissage à L’Ermitage, il devient critique d’art, spécialisé dans la peinture flamande, et vite reconnu dans les milieux littéraires et artistiques. Il publie dans les journaux, devient traducteur de Tourgueniev, donne des conférences sur Pasteur comme sur les dramaturges russes ou la couleur chez Rembrandt, est chargé d’une mission officielle aux Etats-Unis pour établir un catalogue des peintures françaises dans les galeries américaines. Alice et Emile se marient en 1873 à Paris. Elle écrit sous le pseudonyme d’Henry Gréville, il prend le nom d’Emile Durand-Gréville. Membre de la Société de Météorologie, il écrit aussi sur l’aéronautisme et les orages. Cet érudit meurt en 1914.

En 1904, Emile Durand-Gréville doit faire un voyage à Amsterdam car il a des doutes sur un détail de La Ronde de Nuit de Rembrandt. Il propose à sa nièce de partir avec lui en Hollande. A Haarlem, elle apprend le batik avec Chris Lebeau. Elle y retournera deux fois en 1905.

L e Pavillon Welgelegen au début du 19ème siècle. Il abrite, jusqu’en 1926, le Musée des colonies et l’Ecole d’Art Appliqué. où Mraguerite apprit le batik (Archives de Haarlem © onh.nl)

De retour à Marseille, Marguerite Pangon travaille le batik par elle-même, et cherche encore à se documenter. L’Exposition coloniale de Marseille, en 1906, lui permet de le faire, elle y entraîne Adolphe et Louis, petit garçon vif et joyeux à l’accent marseillais prononcé. Elle continue à professer la composition décorative, avec toujours le même succès.

Soie batikée de Marguerite Pangon ( © Fonds Pangon)